lespetiteshistoiresdebetty

 

  Il était une fois...

le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.


  Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous

pas de coïncidence...

Lundi 3 mars 2008 1 03 /03 /Mars /2008 00:15

Tu m’avais donné rendez-vous. Tu souhaitais que je sois présente à tes côtés en cette soirée annoncée. Que je sois présente pour être tout simplement là. Au son de ta voix si grave, une angoisse croissante me compressait. La musique n’arrivait même pas à m’apaiser, aucune. Partie sans hâte d'abord, roulant à vive allure, ne comprenant pas ou plus le sens de tout, je ne pouvais que me remémorer tes funestes paroles. Indescriptible image…Ne plus penser et cette route qui n’en finissait pas.
Me voici arrivée, j’entre, je suis là près de toi. Je suis venue pour toi malgré mes appréhensions et mes peurs. Puis je t’aperçois, seul, allongé, paisible, aussi timide qu’à ton adolescence, aussi réservé qu’à ton premier baiser, aussi secret que sur ta vie. Tu me lances un de tes regards pénétrants et tu comprends à cet instant que je dois prendre l’air, je le dois, fuir quelques instants, pour me reprendre et faire comme si ce ne serait pas la dernière fois.
Dehors, je m’assieds et respire l’air frais à pleins poumons juste pour ne pas pleurer. Je ferme les yeux. Coucher du soleil, début de la nuit calme et triste, prémisses du printemps. Si tu disparais, c’est mon horizon qui sera refermé à jamais. Je suis devenue un grand désordre depuis cette chronique d’une mort annoncée, et à ce moment précis, être à tes côtés est d’une tristesse absolue. Je n’en peux plus d’espérer, d’attendre, de vouloir encore y croire, de revivre par ma mémoire nos moments passés et me dis que le futur sera plus que sombre pour celles ou ceux qui resteront.
Trop d’images en moi  prennent mon cerveau à l’assaut. Un capharnaüm de sons langoureux, de rires, de folies, d’insouciance, que nous avons vécus ensemble et par cet album de souvenirs tout en désordre, tu me répètes sans cesse de rester vivante, de continuer à courir, à posséder la vie, à vivre tout simplement. Mais me dis qu’il n’y a pas d’absence, que de l’autre : c’est l’autre qui part, c’est moi qui reste. Tu es cet autre, en partance pour un voyage migrateur et fuyant, et je suis celle qui reste, la sédentaire, immobile et en attente, tassée sur place, en souffrance. 
Dès mon arrivée, nous n’avons pas échangé un mot, pas une parole, mais par le regard, nous savons tous deux, que quelque chose, un je-ne-sais-quoi est entrain de nous emporter et par cette musique qui envahit la maison, nous ne faisons plus qu’un. Nous savons que le temps nous est compté.

Te voilà, tu me rejoins, tu me prends la main, tu me souris et ton sourire vaut toutes les phrases du monde. Par ce geste, sans le savoir, tu apaises le tremblement de mes mains alors que mon cœur bat de plus en plus vite. Ressentiment étrange, mon corps se débattant entre émotions, sensations et révoltes. Je veux te dire que je ne suis pas là pour me souvenir mais pour continuer le combat avec toi, pour te dire que pour vivre, il faut espérer. De nouveau, les mots restent bloqués et la langueur humide du printemps qui s’annonce me prend à la gorge.
Nous sommes restés là à contempler ton paradis. Prendre racine, ne plus bouger, rester à jamais immobiles, ensembles, nous deux. Combien de temps sommes-nous restés à nous perdre l’un de l’autre, à nous chercher pour mieux nous reconnaître, je ne sais, je ne veux pas compter les minutes, y repenser. Le temps fausse les perspectives et un jour qui sait, déformera mon passé. Il me faudra trouver comment apprivoiser le temps de ton absence, de ton manque et de nos longues conversations, sans fin. Pourquoi me dis-je, pourquoi certains hommes ou femmes connaissent-ils davantage d’épreuves que d’autres ? J’ai l’image où je suis sur une terre inconnue, car toi, tu t’y es déjà préparé depuis longtemps. As-tu été tout de même comblé au-delà de tes rêves les plus fous ? J’essaie de te le demander mais ma voix flanche et le son s’étouffe dans un gémissement. Te le demander serait te condamner plus que tu ne l’es déjà.
De nouveau, l’angoisse m’étreint. Je ne peux plus me dérober, je dois pour toi, pour nous, te parler de tout et de rien, faire comme si, retirer mon masque de douleur. Retrouver pour toi un semblant de joie, d’humeur joviale et te relater ma journée quoique banale à mes yeux mais si emplie d’anecdotes de vie pour toi.
 

Nous rentrons pour que tu puisses retrouver un peu de force, de couleur, mais je sens ton visage se déformer sous l’effet d’une grimace et tu me parles de ta douleur vive, de tes humeurs, de tes projets pour cette mort annoncée. Cette musique t’accompagnant, tu la veux, tu l’ordonnes, tu me la demandes. J’ai l’impression que chacun de tes mots entrent dans ma chair. J’ai mal, si mal. Je voudrais, un instant, oublier que nous sommes voués à la perte pour croire que la vie peut encore se déployer devant nous comme un paysage ouvert sur l’infini, lieu où nous pourrions nous rencontrer, ne plus nous quitter.

Par tes mots, le temps ne s’écoule plus, il s’est figé ou peut-être dissous. Tu me jettes un œil à la dérobée et par ton sourire complice, je sais soudain que nous nous sommes aimés d’amitié, c’est d’une telle évidence que j’en reste saisie. Il faut que ces images restent à jamais gravées dans nos cœurs, dans ma mémoire. Il faut que nous nous battions ensembles pour que cet instant soit notre lieu magique où un jour, par delà mes rêves nous nous retrouvions. Quelque chose brûle en moi et je ne sais pas si c’est une lumière d’espoir à te voir, à t’écouter ou si c’est une douleur. Je laisse percevoir un gémissement comme si on m’avait atteint en plein cœur et toi, tu me prends sous ton aile, tu m’apaises à nouveau et me rassures. Les rôles sont inversés et je n’y peux rien, tant le chagrin m’inonde. Je ne peux imaginer qu’un jour tu partiras sans moi, seul.
Mes larmes coulent en silence le long de mes joues et ne fais rien pour les retenir. Amarrés l’un à l’autre, bercés par l’Adagio For Strings, nous n’en finissons pas de tomber, mais la vie a décidé, pour le moment, de nous offrir un moment de répit de quelques jours, de ne pas nous affranchir d’un adieu…

Par Une fille ordinaire - Publié dans : Il était une fois, Betty.
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