lespetiteshistoiresdebetty

 

  Il était une fois...

le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.


  Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous

pas de coïncidence...

Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 01:00

Jeudi, j’ai été collé à cause du pétard.

On était là tranquillement, en classe, à écouter la maîtresse, qui nous expliquait que la Seine fait des tas de méandres, et juste quand elle nous tournait le dos pour montrer la Seine sur la carte : PAN ! Le pétard a éclaté. La porte de la classe s’est ouverte et on a vu rentrer le directeur. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » il a demandé. « Un de mes élèves a fait éclater un pétard. » a répondu la maîtresse. « Ah ! Ah ! a dit le directeur, et bien que le coupable se dénonce, sinon toute la classe sera en retenue jeudi ! ». Le directeur s’est croisé les bras, il a attendu mais personne n’a rien dit.

Puis Rufus s’est levé. « M’sieur » il a dit. « Oui mon petit ? » a répondu le directeur. « C’est Geoffroy, m’sieur » a dit Rufus. « T’es pas un peu malade ? » a demandé Geoffroy. « Tu crois tout de même pas que je vais me faire coller parce que tu fais le guignol avec des pétards ! », a crié Rufus. Et ils se sont battus. Ça a fait un drôle de bruit parce que tous on a commencé à discuter et parce que le directeur donnait des gros coupes de poing sur le bureau de la maîtresse en criant : « silence ! » « Puisque c’est comme ça, a dit le directeur et que personne ne veut se dénoncer, jeudi, toute la classe sera en retenue ! ». Et le directeur est parti pendant qu’Agnan, qui est le chouchou de la maîtresse, se roulait par terre en pleurant et en criant que ce n’était pas juste, qu’il ne viendrait pas en retenue, qu’il se plaindrait à ses parents et qu’il changerait d’école. Le plus drôle, c’est qu’on n’a jamais su qui avait mis le pétard.

Jeudi après-midi, quand on est arrivé à l’école, on ne rigolait pas trop surtout Agnan qui venait en retenue pour la première fois ; il pleurait et il avait des hoquets. Dans la cour, le Bouillon nous attendait. Le Bouillon c’est notre surveillant ; on l’appelle comme ça parce qu’il dit tout le temps : « Regardez-moi bien dans les yeux » et dans le bouillon il y a des yeux. C’est les grands qui ont trouvé ça. « En rang, une deux, une deux ! » a dit le Bouillon et on l’a suivi. Quand on s’est assis en classe, le Bouillon nous a dit « Regardez-moi bien dans les yeux tous ! » Par votre faute, je suis obligée de rester ici aujourd’hui ! Je vous préviens que je ne supporterai pas la moindre indiscipline ! Compris ? » Nous, on n’a rien dit parce qu’on a vu que ce n’était pas le moment de rigoler. Le Bouillon a continué : « Vous allez m’écrire trois cents fois : il est inadmissible de faire exploser des pétards dans la classe et de ne pas se dénoncer ensuite ». Et puis, on s’est tous levés parce que le directeur est entré en classe. « Alors, a demandé le directeur, où en sont nos amateurs d’explosifs ? » « Ça va monsieur le directeur, a répondu le Bouillon ; je leur ai donné trois cents lignes à faire, comme vous l’aviez décidé. » « Parfait parfait, a dit le directeur, personne ne sortira d’ici tant que toutes les lignes n’auront pas été faites. Ça leur apprendra. ». Le directeur a cligné de l’œil au Bouillon et il est sorti. Le Bouillon a poussé un gros soupir et il a regardé par la fenêtre ; il y avait un drôle de soleil. Agnan s’est mis à pleurer de nouveau. Le Bouillon s’est fâché et il a dit à Agnan que s’il ne cessait pas son manège, il allait voir ce qu’il allait voir. Agnan, alors, s’est roulé par terre ; il a dit que personne ne l’aimait et puis sa figure est devenue toute bleue. Le Bouillon a dû sortir en courant avec Agnan sous le bras. Le Bouillon est resté dehors assez longtemps, alors Eudes a dit « Je vais aller voir ce qui se passe. » Et il est sorti avec Joachim. Le Bouillon est revenu avec Agnan qui avait l’air calmé, il reniflait un peu de temps en temps mais il s’est mis à faire les lignes sans rien dire.

Et puis Eudes et Joachim sont arrivés. « Tiens, vous voilà, a dit Eudes au Bouillon, on vous a cherché partout. ». Le Bouillon est devenu tout rouge. « J’en ai assez de vos pitreries, il a crié. Vous avez entendu ce qu’a dit monsieur le directeur, alors, dépêchez-vous de faire vos lignes, sinon nous passerons la nuit ici ! ». « Et le dîner alors ? » a demandé Alceste qui est un copain gros qui aime beaucoup manger. « Moi, ma maman ne me laisse pas rentrer tard le soir » j’ai expliqué. « Je pense que si nous pouvions avoir moins de lignes, on finirait plus tôt » a dit Joachim. « Avec des mots moins longs, a dit Clotaire parce que je ne sais pas écrire inadmissible. ». « Moi je l’écris avec deux S » a dit Eudes. Et Rufus s’est mis à rigoler. On était là à discuter quand le Bouillon s’est mis à donner des coups de poing sur la table. « Au lieu de perdre votre temps, il a crié, dépêchez-vous de terminer ces lignes ! ».

Il avait l’air drôlement impatient le Bouillon, il marchait dans la classe et de temps en temps, il s’arrêtait devant la fenêtre et il poussait un gros soupir. « M’sieur ! » a dit Maixent. « Silence ! Que je ne vous entende plus ! Pas un mot ! Rien ! » a crié le Bouillon. On n’entendait plus en classe que le bruit des plumes sur le papier, les soupirs du Bouillon et les reniflements d’Agnan. C’est d’ailleurs Agnan qui a fini ses lignes le premier et qui les a portées au Bouillon. Il était très content le Bouillon. Il a donné des petites tapes sur la tête d’Agnan et il nous a dit qu’on devait suivre l’exemple de notre petit camarade.

Les uns après les autres on a fini et on a donné nos lignes au Bouillon. Il ne manquait plus que Maixent qui n’écrivait pas. « Nous vous attendons mon garçon ! a crié le Bouillon. Pourquoi n’écrivez-vous pas ? » « J’ai pas d’encre m’sieur. » Le Bouillon a ouvert des yeux tout ronds. « Et pourquoi ne m’avez-vous pas prévenu ? a demandé le Bouillon. « J’ai essayé m’sieur mais vous m’avez dit de me taire » a répondu Maixent. Le Bouillon s’est passé la main sur la figure et il a dit qu’on donne de l’encre à Maixent. Il s’est mis à écrire en s’appliquant. Il est très bon en calligraphie Maixent. « Vous avez fait combien de lignes ? » a demandé le Bouillon. « Vingt-trois et je marche sur vingt-quatre » a répondu Maixent. Le Bouillon a eu l’air d’hésiter un moment et puis il a pris le papier de Maixent, il s’est assis à sa table, il a sorti son stylo et il s’est mis à faire des lignes à toute vitesse pendant qu’on le regardait.

Quand le Bouillon a eu fini, il était tout content. « Agnan, il a dit, allez prévenir monsieur le directeur que le pensum est terminé. » Le directeur est entré et le Bouillon lui a donné les feuilles. « Très bien, très bien, a dit le directeur. Je pense que ceci vous aura servi de leçon. Vous pouvez rentrer chez vous. »

Et c’est à ce moment que : PAN !!! Un pétard a éclaté dans la classe et on a tous été mis en retenue pour jeudi prochain. 

Les histoires du Petit Nicolas
Sempé & Goscinny

Par Betty - Publié dans : Lecture
Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés