lespetiteshistoiresdebetty
Il était une fois...
le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.
Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous
pas de coïncidence...
nouvelle vague, vie, année...
lespetiteshistoiresdebetty
Il était une fois...
le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.
Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous
pas de coïncidence...
La voix de la raison me disait de refuser. Mais le défi était de taille. Je tentais de me convaincre que tout irait pour le mieux mais elle attendait ma réponse, d’un air suppliant. Son énergie, son grain de folie, son insouciance me faisaient frissonner. La solution consistait à quitter immédiatement cette zone isobare mais cette idée me fit frémir. Seul à bord de ce bateau, il me fallait la dompter, cette mer, grondante, telle une colère sourde et si furieuse par les vents. Il fallait que j’assume mon rôle de barreur, de skipper car personne ne pouvait malheureusement se mettre aux commandes. Quelle folie cette aventure solitaire mais si extraordinaire. Quelle sensation étrange d’être ainsi malmené par les flots, par cette dame, amie certains jours et ennemie par son changement d’humeur. Vue sur l’horizon, noir et pareil à un songe, je me dirigeais vers l’avant pour hisser la grand voile. Cette amie allait me permettre d’échapper à ce naufrage imminent. Réduire la toile, oui il le fallait pour ma survie. « Réduis la toile de quelques ris sur la bôme, me chuchotait-elle ». Que m’arrivait-il ? Voilà que mon amie, la grand voile me parlait, me dictait, par de simples gestes, la navigation et les manœuvres à effectuer. Ce vent me rendait-il fou ? Par jeu et folie, je me laissais guider par mes sens et mon instinct.
Quel supplice d’entendre en ces instants, les câbles des haubans hurlés au vent et la voile fouettée par les embruns, qui au fur et à mesure du passage de cette zone, faisait la danse du ventre. J’étais seul, sur cet immense plan d’eau, rien aux alentours, seuls des oiseaux étranges, pareil à des dolichocéphales, tournoyaient autour du mât. Seul non, une terre était là, quelque part, dans cet épais brouillard. Mes instruments m’avaient lâché et par intuition je devais manœuvrer à vue tout en tenant compte des courants. Mon dieu, qu’avais-je fait ? Comment, moi, avais-je pu me dire que je pouvais affronter ces 40èmes rugissants ! Mon bateau, mon pote, mon ami, mon confident aux bruits sourds, me montrait qu’il souffrait mais que son envie était de combattre, encore et encore, contre vents et marées. Nous n’étions plus qu’un, nous ne formons plus qu’un pion sur un échiquier sombre, tout de noir vêtu.
Que je sois damné si ce n’était pas là une course contre le temps, le vent et les évènements. Me sauver et sauver mon compagnon, était là ma priorité. Fascinante, délicieuse, satisfaisante, quelque fois frénétique : voici certains des qualitatifs que l’on pouvait appliquer à cette aventure car ce n’était pas l’action qui manquait. Puis barre au vent, je me mis à virer pour faire face au vent, uniquement dans le but de ne pas gîter plus que je ne le devais. Les haubans chantaient à tue-tête tel un refrain, la grande voile s’étirait telle une femme au réveil avec grâce et volupté. Le foc, flamboyant paré de toutes les couleurs s’était mis à tournoyer et claquait avec un bruit sourd de tam-tam. Cette solution était plus que mortelle pour ma survie mais n’était pas dénuée de mérites pour enfin délaisser cette zone sombre. La prudence n’était pas à ce moment précis une qualité que je devais posséder. J’avais la sensation que je me livrais à des activités frauduleuses mais en parfait état de légitime défense. Nous sauver, il le fallait. Cette singulière harangue suscitait en moi un fol espoir mais cette intervention inopinée levait tout de même un morceau du voile noir qui m’était tombé dessus. Soudain, je me sentis déprimé, malheureux, et la frousse me prit. J’aurais tant aimé me trouver à deux mille lieux de là. J’étais dans un état second. Et si… Faire disparaître ces mauvaises pensées, continuer à manœuvrer, caresser du plat de la main la peau rigide de mon ami et lui dire ô combien nous devions progresser notre drôle de croisière pour enfin, si l’avel le voulait bien, nous amarrer dans ce paradis que nous espérions tellement.
Mon bateau avançant à contre courants me montrait le chemin. Lui, ce fidèle compagnon voyait des pentes quand il n’y avait que des côtes et je compris que je manquais singulièrement de volonté au regard de sa persévérance à bousculer les aléas de cette tempête. Depuis bien longtemps, aucune femme ne m’avait soufflé le désir identique à celui que me transportait ce bateau. Il flottait en moi un envoutement étrange et inavouable. Peut-être y avait-il quelque folie à vouloir retarder éternellement l’heure du plaisir de s’en sortir et d’apercevoir enfin la terre. J’avais la sensation bizarre de vivre une aventure brève, clandestine, con amore en compagnie de mon ami, identique avec une femme. Nous vivions ensemble depuis fort longtemps et le vent nous faisait tourner la tête tels des amants. Les vagues nous faisaient chavirer et notre excitation n’en était que meilleure tellement notre envie nous submergeait et nous comblait.
Le silence des haubans me fit revenir à la réalité, la voile et le foc se mirent à désenfler, le vent cessa de souffler dans le balcon avant et le safran peinait à me guider. Je me laissais à une singulière convenance, ne sachant que dire, que faire. Mes yeux hagards cherchaient la lumière et lorsque la pièce s’éclaira de mille feux, je me suis entendu, pris d’un fou rire. Je sortais tout droit d’un rêve d’aventure où mon seul ami et bateau était mon lit ! Sauvé j’étais, mais quelle sensation délicieuse de pouvoir être ainsi arrivé à destination sans escale, ni assistance.
Qui me prend, en cet instant pour un cinglé, n’a vraiment jamais eu de passion. Je conteste en vous disant que les fous sont ceux qui oublient de l’être, par amour ou passion. Seul dans ma chambre résonnante de mes fous rires, j’eus la sensation que cette aventure imaginaire m’avait permise de retarder le déclin de ma passion : la mer.
Le mois préféré de Betty...
Coups de théatre