lespetiteshistoiresdebetty

 

  Il était une fois...

le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.


  Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous

pas de coïncidence...

Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 00:05

Lady Marianne,  son imagination débordante et par un p’tit grain de folie, un jour de juin, a lancé un défi à Betty qui l’en remercie... The examiner présente : Je mets au défi Betty !

 

par Charles TYTEB

La vie est étrange.
J’avais tourné la page, parti vers d’autres aventures m’étant fait une raison, et là, l’apercevoir, semblant au premier coup d’œil, désarmée devant une foule en délire, me procura une décharge électrique, latente, violente et me laissa à mon tour désarmé. Par l’expression de son visage, de son gestuel, je fus saisi et projeté le temps de quelques secondes, tel l’effet d’une bombe, dans mes souvenirs, de celui de notre première rencontre. Abasourdi, je contemplais la scène, irréelle et si inattendue et m’aperçus que d’autres, tout comme moi, médusés, étaient témoins de ce désordre.
Assise sur le giratoire de la rue Petrovka, coiffée d’une casquette ridicule qui cachait sa blonde chevelure, habillée d’un costume digne d’un clown, elle balançait comme à son habitude ses pieds qui pour l’occasion prenaient une toute autre allure par d’affreuses chaussures. Elle était tout et le contraire d’une toupie, d’une girouette et souriait à la vue du désordre défilant devant elle. Seul son p’tit œil malicieux faisait d’elle, mon souvenir, car ce n’était pas là, en cet instant, l’image de cette Femme naturelle qui dans sa tenue légère m’avait fait tant sensation. Je restais saisi de la scène qui défilait devant moi. Un carrefour aux allures d’arène s’était transformé en quelques minutes, identique à une piste de cirque. Tout le règne animal jouait de leur prestation et le scénario haut en couleurs mimait le brouhaha des mécontents, le sifflement des illuminés, les klaxons déchaînés, les cris d’enfants perdant patience, la colère des passants ne pouvant accéder aux passages piétons, le vrombissement des bolides en perte de vitesse, inertes. Certains emmêlés, d’autres choqués fumaient et capot ouvert rendaient l’âme au fur et à mesure des minutes.
Paisible, les coudes calés sur ses cuisses et mains posées sur ses joues, elle souriait. Seuls ses yeux amusés par ce spectacle clignaient à vive allure. Les malotrus, les colériques qui lui frisaient les moustaches par leurs hurlements n’arrivaient pas à la déstabiliser et ils s’essoufflaient plus vite que la douce musique qu’elle véhiculait, par cette sérénité et passivité qu’elle dégageait. Une longue file indienne s’alignait à ses côtés, gesticulante, impatiente, en mouvement incessant et par je ne sais quelle magie, par une petite voix, elle leur demanda de prendre place, à ses côtés, autour du cercle. Intrigués, méfiants, tous les animaux de ce cirque ambulant prirent place juste par le simple fait d’être enfin écoutés par cette Femme, ce clown de cérémonie et tel un chef d’orchestre, elle mena ce p’tit monde à la baguette. Les déchaînés à sa droite, les attentifs en face d’elle, les victimes sur sa gauche et telles des notes, elle les plaça sur sa partition. Amusé, je m’approchais et laissais mes oreilles traînées comme tout bon cueilleur de scoop.
« Tous, oui tous, dit-elle, avez une doléance, un besoin, une plainte, une demande à soumettre, voyez comme je suis seule, abandonnée par mes maîtres et m’entendez-vous pester, crier, hurler à tout vent ? Je vous propose de nous entraider, de nous serrer les coudes ensemble, de prendre le pouvoir sur les évènements, de vous pencher sur les problèmes des autres sans égoïsme, de prendre la main d’un plus défavorisé que vous, de vous dire que la vie, c’est ensemble et voilà tout. En mélangeant nos connaissances, nos capacités intellectuelles et physiques, telle une recette, nous ne pouvons que faire des étincelles. » Le gazouillis des oiseaux bien silencieux depuis le début des évènements se fit à nouveau entendre et par enchantement, des groupes se formèrent. Un éléphant costaud prit d’assaut les carcasses, un gentleman invita les Femmes et enfants à venir se rafraîchir sur les terrasses jouxtant la place, l’énervé de service, agent d’assurance, fort de son expérience installa à la va-vite un bureau pour établir la paperasse, une blouse blanche prépara du café salé pour désaltérer et dessaouler le jeune fêtard noctambule, qui pour le coup s’en était donné à cœur joie de canons en tout genre.
J’immortalisais cette overdose de solidarité avec délectation et quelle fut ma récompense ? Un moment unique, celui d’apercevoir Betty se relever, déposer sa baguette, faire la révérence pour remercier ses musiciens, le temps de cette danse et enlever ce costume si ridicule, qui par ses couleurs ne transmet que l’ordre et le désordre, parfois…

Par Charles TYTEB - Publié dans : Mise à l'épreuve
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