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  Il était une fois...

le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.


  Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous

pas de coïncidence...

Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /Avr /2009 00:05

Suzette vient d’avoir une belle surprise : une caissette d’oranges et de dattes, et, au milieu, une magnifique paire de babouches en cuir vert, brodées d’argent. C’est son grand-frère, soldat à Alger, qui pense à elle. Cela vaut une lettre de remerciement. Oui mais comment cette lettre s’en ira-t-elle si loin, sans se tromper de route ? Elle lui écrivit une ravissante lettre, décorée de dessin et Suzette mis toute son âme et sa jeunesse à lui raconter ses déboires scolaires et ses sorties au bal, le samedi en fin d’après-midi sans oublier de lui dire, qu’ici, à la maison, ce n’est plus comme avant : comme quand ils passaient, tous les deux, des heures à refaire le monde, allongés sur les transats du jardin.
« Ta lettre, ma petite, lui dit l’employée des Postes, est déjà sur la table du bureau. Les employés font le triage du courrier, le tri, comme on dit. Ils mettent ensemble tout ce qui va dans la même direction. Pour ta lettre, c’est direction le Midi. Chaque lot est enfermé dans un grand sac, solide et plombé, qui se rend à la gare, où attend le train. Puis dans l’express de nuit qui roule vers Marseille, debout dans le couloir, entre deux rangées de casiers, les ambulants du wagon-poste font un nouveau triage. Dijon, Mâcon, Lyon, Valence… reçoivent leur part de lettres et de colis au passage. Ta lettre, elle, sera demain matin à Marseille. Elle embarquera pour Alger, toute petite et perdue avec des milliers d’autres. Elle arrivera le surlendemain et n’aura plus alors qu’à faire le chemin du port de la grande poste, puis à la caserne, dans le sac du vaguemestre. Imagines-tu les jours qu’il faut pour que ton grand-frère reçoive cette lettre ! Mais ne fais pas la moue jolie demoiselle ! Tu trouves que c’est trop long ? Et bien sache qu’il y a cent ans, le courrier s’en allait sur la grande route, de relais en relais. Il fallait huit jours pour atteindre Marseille et davantage pour traverser la mer. On se résignait à rester des mois sans nouvelles ! Mais aujourd’hui, d’ailleurs, les lettres peuvent aller beaucoup plus vite. Avec une surtaxe, ta lettre se serait envolée par avion : ton frère l’aurait eue après-demain matin. S’il y avait vraiment urgence, le télégraphe et le téléphone étaient là. Et puis, demain, il y aura peut-être la radio pour tous et même la télévision : on entendra et on verra les absents. Ce sera presque la présence ! Mais, jolie demoiselle, aujourd’hui, contente-toi de ta petite lettre. C’est encore elle qui fera le plus de plaisir à ton grand-frère. Il y lira que sa sœurette Suzette a de cœur et, je l’espère, une bonne orthographe ! ». 


Hum, dit Betty, et dire qu’aujourd’hui, d’un simple clic, d’un simple pianotage, d’un simple message instantané, d’une simple connexion, d’un simple réseau, d’un simple et si petit câble, nous arrivons, toutes et tous à nous relier. Juste comme ça, par imagination, et si un jour, dans le futur, nous arrivions à nous parler par la pensée, quel progrès voire peur ça serait…

Par Betty - Publié dans : Histoire imaginaire
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