lespetiteshistoiresdebetty
Il était une fois...
le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.
Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous
pas de coïncidence...
nouvelle vague, vie, année...
lespetiteshistoiresdebetty
Il était une fois...
le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.
Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous
pas de coïncidence...
Au croisement des deux grandes rues, la circulation est toujours très active. Mais à midi, pour
un campagnard comme Auguste, elle devient tout à coup affolante. Usines et ateliers, magasins et bureaux, chantiers et écoles déversent brusquement leur flot dans les rues jouxtant le
carrefour : rien que des gens pressés ! Bigre se dit Auguste en s’asseyant sur un banc pour immortaliser la scène, ce remue ménage est oppressant et si inhabituel. Et dire qu’ils
devront reprendre le travail à deux heures et voyez-vous comment chacun se hâte vers son logis, une vraie cohue, pire que les jours de foire !
La chaussée se couvre de cyclistes qui filent, mêlés aux motocyclettes qui pétaradent, aux automobiles qui
klaxonnent, aux tramways qui sonnent en grinçant sur leurs rails et que toutes ces âmes prennent d’assaut. Des imprudents se faufilent même entre ces monstres mécaniques : quelle folie mais
quelle folie ! Sur les trottoirs, des enfants, des hommes et des femmes se pressent tel un double courant. Campé sur un refuge, l’agent règle la circulation : ganté de blanc jusqu’au
coude, il lève son bâton tout en agitant les bras de façon circulaire et gracieuse, si semblable aux aiguilles d’une horloge qui tournent sans fin. Tout stoppe devant le passage clouté et les
gens en arrêt sur image, attendent le top départ avant de se hâter de le traverser. Un peu de patience s’exclame Auguste ! Il faudrait penser à la vieille dame qui traîne son chien en
laisse, à la jeune maman qui pousse la voiture de son bébé, aux marmots de la maternelle qui se tiennent sagement par la main mais chose incroyable, tels des pantins, au coup de sifflet de
l’agent, ils franchissent le carrefour : puis, le jeu recommence pour les autres qui s’alignent sur la ligne de départ. A la terrasse des cafés, sous l’auvent baissé, les petites tables attendent les amateurs d’apéritif. Le
grand restaurant, Le coq au vin, a ouvert les baies de ses deux portes et un maître d’hôtel attend fébrilement les premières bouches à nourrir, les
premiers clients si pressés d’avaler le plat du jour. Quel bel homme le maître d’hôtel se dit Auguste : on dirait qu’il s’est apprêté pour un mariage avec sa veste noire et son plastron
blanc, une serviette sur le bras. Oh s’écrit-il, voici que débouche un car luxueux, bondé de touristes, qui lui amène cinquante convives à satisfaire : quelle aubaine !
Mais l’ouvrier, l’employé et la mère de famille ne se soucient pas de tout cela : ils
pensent à la table dressée qui les attend, là-bas, dans les maisons du faubourg. Ils pensent peut-être au repas hâtif qu’il faudra préparer au galop. La ménagère qui n’a pu faire ses courses ce
matin passe chez le boulanger pour le pain, chez le boucher pour les biftecks. On fait la queue devant les voitures des Quatre saisons chargées de cerises et de fraises, de salades, de tomates et
de pommes de terre nouvelles. La fleuriste elle-même a des clients : les maîtres d’hôtel et serveurs de café sont passés prendre quelques brassées de glaïeuls et d’œillets roses pour décorer
les tables du restaurant et les comptoirs. Midi et demi : le flot a passé. L’agent
s’éponge sous son casque et guette le collègue qui doit le remplacer. Dîtes, il a bien gagné son déjeuner et Auguste aussi !
Le mois préféré de Betty...
Coups de théatre