lespetiteshistoiresdebetty

 

  Il était une fois...

le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.


  Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous

pas de coïncidence...

Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /Oct /2008 00:38

Le temps n’existait plus : un épais brouillard, celui de la fumée rejetée par les cigarettes et cigarillos des piliers de bar, épaississaient l’ambiance. La salle dans la pénombre à peine éclairée par le jeu des lumières diffuses se confondait à l’image que j’avais d’elle. Je ne pouvais détacher mon regard du sien : elle était joliment envahie par une sérénité, un calme et d’un petit sourire en coin. Ses lèvres si fines, si bien dessinées et colorées d’un rouge carmin, ne bougeaient pas. Elles étaient muettes et j’aurai tant aimé en cet instant qu’elles laissent quelques notes de musiques, ceux de sa voix. Je m’imaginai une voix grave et sensuelle de celle qui m’envoutait, une voix qui, comme un parfum, précèderait et m’annoncerait l’entrée physique de sa vie à mes côtés. Son timbre de voix qui jour après jour provoquerait en moi l’imagination : une voix c’est le début de l’intimité et je la voulais pour habiller mieux l’image que je m’étais fabriquée le temps de cette soirée.

J’étais tellement happé par son charme de sa gracieuse personne que mon esprit au ralenti et ma vision floutée, ne se s’étaient même pas aperçus du mouvement léger de l’imperméable. Dans ma tête les images défilaient et je m’imaginai prendre sa main gantée d’un doux tissu pour l’entraîner avec moi. Découverte agréable en ce lieu : celle d’une femme aussi simple et voluptueuse, surprenante et envoutante dans son désir de faire du bien sans gêne aucune aux regards des autres. Son côté enfantin me paraissait une arme et par ce fait, je me sentais désarmé et sans protection aucune mais et surtout, je ne voulais pas l’abimer dans ma fugacité.

Une étincelle d’espoir qu’elle m’aborde pour un simple rencard m’envahissait. Je sublimais par cette image et pourtant n’étais pas homme de petits acting-out : ma folie a toujours été tempérée et ne se voyait pas. C’est le moment du tout de suite dont j’avais peur et les conséquences étaient la peur d’être spontané par un : t’as du charme et devant moi tu te pâmes mais que cherches-tu au plus profond de toi ? ». Du genre : mauvais genre, mais du genre : rapide et sans fracas. Plus, les minutes passaient, plus mon corps devenait pierre. Que m’arrivait-il ? Je n’avais qu’une tirade en bouche à lui énoncer, elle me fascinait trop pour reprendre mes esprits : j’étais consterné, affligé, terrassé, désemparé par mon état d’esprit et pourtant tout le langage de son corps qui s’avançait vers moi m’épouvantait, m’étourdissait, m’accablait de mille reproches, m’affolait voire pire m’anéantissait.

 La musique s’arrêtant, son pas ralentissant, elle me mit en joue : je me sentis déprimé, malheureux car je venais de comprendre qu’elle n’en voulait point à mon corps mais à ma vie tout simplement et la frousse me prit. Silence, craquement et tout et son contraire le tam-tam de mes tempes bouillonnant : ma vue se mit à perdre de sa clarté, mon corps se figea et je chutai de mon tabouret. Personne ne bougea, tout resta figé et ma fierté de mâle en puissance en prit un sacré coup. Et elle, me lançait, encore et toujours ce regard : mais de plus près était calculateur et non charmeur. Je revenais petit à petit à la réalité des faits et mon esprit collait mieux au scénario. Ma peau ressentait la colère sourde qui était en elle et par sa prestance, j’avais la sensation diffuse d’être entrain de découvrir celle qui aurait du, depuis bien longtemps, m’obliger à redevenir moi-même.

Et pourtant, malgré mon état second et le secours de ma volonté, je réussis à me composer un visage calme : le danger, la peur, l’angoisse me faisaient enfin prendre conscience que j’aurais du être moins imprévisible, fantasque et incapable de modération. Une femme me le faisait comprendre : une des plus secrètes, une des plus froides, qui sait, une que j’avais un jour basculée à l’arrière d’une voiture ? En pleine lumière, se tenant devant moi et me mettant en joue par un petit révolver, elle venait de provoquer en moi un déclic : celui de revoir ma copie de vie et d’admirer avant de toucher et de salir. Faire d’un échange, d’une rencontre, d’un acte amoureux : un respect.

Elle ajusta son arme, me fixa calmement et tira comme pour abattre un animal.  

Ce jour fut celui de mes derniers instants à me jouer de ces femmes et de leurs sentiments. Sur mon lit d’hôpital, je me demandais comment pardonner à quelqu’un qu’on n’avait jamais rencontré. Oui, après enquête, cette femme n’était qu’une spectatrice de mes errances et qui ne pouvant plus supporter ma quête du mal sur les femmes, était devenue leur justicière.

Ce jour là, je pris conscience  que l’action la plus rare est dans la vertu et non dans la vengeance et par une tirade, je lui offris au parloir quelques mois plus tard, ces mots : comme de ton crime je veux le pardon, que ton indulgence me libère.

Cette femme avait, par son geste sans préméditation, réussi à m’offrir une seconde chance et je vécus à ce moment là, une chronique, la mienne : celle d’une mort annoncée, celle de mon ancienne existence.

 

FIN

« Chronique d’une soirée annoncée »

   septembre 2008

Par Betty - Publié dans : Mise à l'épreuve
Voir les 7 commentaires - Ecrire un commentaire
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés