lespetiteshistoiresdebetty
Il était une fois...
le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.
Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous
pas de coïncidence...
Que devient-elle ?
bientôt....
nouvelle vague, vie, année...
lespetiteshistoiresdebetty
Il était une fois...
le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.
Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous
pas de coïncidence...
A peine franchi la porte, je m’imprégnais de ce décor comme si c’était à la première fois et pourtant il était si familier. Je m’y sentais comme chez moi, je m’identifiais à chaque soirée
passée.
C’était un bar dont le comptoir était décoré d’une collection de bouteilles de téquila : ce breuvage qui frappé, rend fou et inconscient. Ce lieu mystique et mystérieux, je le pénétrais chaque jour à l’heure H où je souhaitais décompresser. J’y étais toujours le premier et à mon habitude je fixais la porte pour mater les futurs piliers de bar, ceux qui comme moi, vivaient sans femme. Puis, l’ambiance se formant, les images se multipliaient et les belles faisaient enfin leur entrée.
Comment mon regard pouvait se fixer : il y en avait trop, pour tous les goûts et pour tous les plaisirs. La diversité des corps, ces moments dingues où ces femmes disent oui : l’infinie variation de leurs soupirs restait un moment unique de ces soirées de célibataire et d’alcool à volonté. L’ivresse de l’inconnu, des plaisirs partagés et du suspens, à savoir de qui j’allais pouvoir m’ancrer, faisaient de mon idéal de virilité, une incarnation que j’étais seul à maîtriser : j’étais sans conteste, à ce moment là, leur héros, celui plus grand que leur vie, enfin c’est ce que j’arrivais à leur faire croire.
Pêché serait de ne pas y goûter : j’aurais tant aimé être jusqu’à la fin de ma vie, un collectionneur de leurs soupirs. Pourtant, je me déguisais et faisais celui qui ne cherchait une belle que pour les quelques heures à venir car aux aurores, je stoppais net mes élans et ceux de la belle m’accompagnant. J’aimais revêtir mon costume de bon père de famille et à leurs yeux, j’étais l’image même d’un bel étalon, d’un pays en mal de mâles. Que de mieux qu’une soirée annoncée festive et sexuelle ? Que de mieux que de leur faire croire qu’elles étaient maîtresses ainsi du jeu et qu’elles avaient le pouvoir de décision ? Je restais pourtant lucide et me jouais d’elles sans scrupule et au moment suprême où elles sentaient LA blessure d’avoir été ainsi trompées : je jubilais. Cette blessure qui serait à jamais éternelle s’appelait frustration, manipulation et torture.
Dans le tas proposé en gondole, le long du comptoir, j’étais
le maître de cérémonie : celui qui approchait les femmes, les reniflait, les étudiait, les répertoriait par formes, personnalités sans aucune honte ni franchise. J’étais en chasse tout
simplement : un chasseur hors paire. J’avais le savoir-faire, la patience et l’écoute imaginaire pour qu’elles succombent dès les premiers mots. Certains de mes compatriotes me considéraient
comme un voleur de sentiments et me caractérisaient d’ignoble, d’être abject : mais à cette époque je me délectais de cette vie de paillettes et de sexe sans lendemain. Je ne voyais le mal
que si je leur faisais mal dans tous les sens du terme. J’avais le charisme, en fait non, je jouais du charisme du père, de l’épaule sur laquelle elles pouvaient s’épancher sans
aucune crainte, le confident de leurs secrets les plus inavouables : j’étais leur idéal. Cela les excitait de se mettre ainsi à nu sans être juger et être autant considérées.
En fait le choix du célibat et de ma vie nocturne, était une question de temps d’explorer le monde, celui de mes ambitions, tout ce que je voulais me prouver à moi-même et surtout effacer les
pires moments de ma journée à faire carpette devant elles.
Si ces femmes avaient su, qu’à l’époque, le jeu que je leur offrais ! Une formule idéale et un certain capital d’escapade en tout genre qui ne provoquaient que souffrance et rabaissement. Pourtant après consommation, certaines vivaient cette désinvolture identique à un drame sentimental voire blessant, pour ne plus arpenter les jours suivants, ce long comptoir. La honte d’avoir été ainsi maltraité et d’avoir aimé ça, la peur de m’apercevoir ou le manque de courage de m’affronter, étaient pour elles une longue descente aux enfers. Non que j’étais un collectionneur mais plutôt un ravisseur de sentiments : j’aimais les voir souffrir tout simplement.
…à suivre
« Chronique d’une soirée annoncée »
septembre
2008
Un jour, toujours...
Coups de théatre