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  Il était une fois...

le p'tit grain de folie de Betty mi-ange, mi-démon.


  Il n'est pas de hasard, il est des rendez-vous

pas de coïncidence...

Lundi 25 février 2008 1 25 /02 /Fév /2008 00:30

Ce soir-là, Tom trouvait la vie bizarre. Quarante ans, trois enfants, deux divorces, vivant seul, et viré, pas de quoi se prendre pour quelqu’un d’important et d’intéressant. Il contemplait le courrier de sa hiérarchie, celui-ci lui reflétait l’image de son acte de décès. Voilà, depuis ce matin, il n’était plus rien.

Il songeait, pensif, l’air hagard, qu’avant, toutes les choses de sa vie étaient plus claires. Même viré, un homme ordinaire, manuel de surcroît, tel un pâtissier, continuerait à préparer et à cuire des croissants, un plombier ne perdrait en rien la main pour réparer une fuite d’eau ou changer un robinet, un savoir ancré en lui, pour la vie. Ces types restaient à vie pâtissier ou plombier.

La belle époque, celle où les hommes avaient des métiers qui leur donnaient une place attribuée dans le grand « parking » de la société. Cette époque où l’on savait tout de suite ce qu’était un homme respectable non par son niveau de vie, mais par la richesse de son savoir.

Tom était l’image d’un chapeau, d’un cigare, d’‘un cognac, d’un journal juridique, d’un coupé sport, d’une famille, d’un patrimoine et d’une maîtresse. Cette image est devenue au fil du temps, l’archétype de l’Homme à qui tout réussi, son image. Rien n’égalait, pensait Tom, le savoir-faire ! Cette chose que Tom n’avait jamais pu toucher, ni rêver. Le quand dira-t-on de sa famille et la peur du regard des autres, le traitant de « raté », l’avait fait autrement. Devenir important était la règle de vie qu’on lui avait prescrite, telle une ordonnance et ce, depuis sa tendre enfance.

Aujourd’hui, les yeux rivés sur son acte de décès, Tom n’avait plus de profession, celle du paraître, celle de la délégation, du donneur d’ordre, celle ou tout paraissait facile mais en ce jour si futile à ses yeux. Aujourd’hui, se disait-il, par un simple geste, par une décision, les hommes n’ont plus de profession. Dans le monde des affaires, tout est éphémère. Seules les « stars » du système, les « requins », restent présents à moins que, un autre plus morphale que les autres ne les détrônent à leur tour, et telle une roue, la vie reprend son cours intraitable. « People », pensait Tom, le métier à ne pas manquer.

Mais Tom, n’était pas une star. Juste un mec ordinaire à qui tout avait manqué, le droit de choisir, le droit d’être libre, et un type, aujourd’hui complètement perdu…Il n’avait pratiqué à ce jour qu’un seul art, être le meilleur. Jusqu’à ce matin, il était encore « le » Juriste sur lequel, les regards s’arrêtaient, les mains applaudissaient, les rendez-vous croulaient, celui où, toutes les décisions étaient scellées par son empreinte. Déjà, sa qualification, son « titre », le nom de son Cabinet, ses diplômes, ne tenaient pas sur ses cartes de visites. De toutes les manières, aujourd’hui, son licenciement simplifiait la question de sa position, il ne lui restait plus qu’une carte en main, son avis de décès, son laissez-passer pour l’enfer. Désormais, il était, chômeur. Il avait rejoint, par un simple formulaire, le club de tous ces hommes dont leurs progénitures ne pourraient plus écrire sur leur dossier scolaire, dans quel lieu magique leur « papa » travaillait.

En lui supprimant son magnifique coupé-sport, son bureau, son assistante personnelle, ses cartes de visite, son ordinateur, les clés du paradis et toutes les cartes d’adhésion aux clubs privés et sportifs de la ville, on l’avait privé de son passeport d’homme moderne et important. Son identité de personnage dignitaire et envieux allait tout simplement disparaître, seul resterait l’anonymat, la solitude et le conflit de faire taire les rumeurs et le scandale familial. Plus il avançait, à pas réguliers, lentement, comme un somnambule, plus il se disait que les hommes avaient décidément perdu de leur splendeur. Leurs métiers s’étaient estompés, puis leurs importantes carrières mais, pensait Tom, ma position à qui profitait-elle ?

Et bien, à celle à qui il avait tout appris, tout donné, même son amour, sa tendresse. UN « requin » féminin, sa maîtresse… L’irruption des femmes dans les entreprises n’avait aucunement aidé l’évolution des mentalités. Même impitoyables soient-elles, les femmes, il les comprenait. La crise de l’identité masculine était un fait mais fallait-il attendre quarante ans de féminisme pour en arriver là ? Plus il avançait, plus Tom se disait que son modèle patriarcal et bon enfant avait du lui faire défaut, mais à quel moment ?

Il n’avait rien vu venir, rien ressenti des futures traitrises de sa maîtresse. Les femmes s’étaient émancipées, c’est ainsi qu’on dit, elles s’étaient mises à étudier, à travailler, à penser et à mincir pour séduire dans le but de provoquer mais surtout de manger sa proie pour mieux la remplacer. Que de talents cachés avaient ces femmes que, nous les Hommes, n’avions jamais soupçonné. Cette femme, sa collaboratrice, sa maîtresse et sa traitresse était pourtant un divin breuvage. J’avais flotté entre deux eaux, se disait-il, et par effet de surprise, elle m’avait trompée sur les deux tableaux. Je n’avais rien contrôlé, ni la maîtrise de mon travail ni celle de ma sexualité. Elle avait tout compris aux hommes, leurs manies, leurs faiblesses, leurs coups bas, oui, elle avait  tout compris de notre société. Ce jour, celui de ma chute, elle avait retrouvé son indépendance économique et surtout son inexorable potentiel de séduction. Elle m’avait chassé de sa vie sans un regard, sans pitié.

A suivre…

Par Betty - Publié dans : Lecture
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